Un ordinateur par enfant à Nosy Komba, Madagascar

01 décembre 2011

Cet article est paru dans le numéro 10 de la revue l’École numérique. Merci à Nicolas Vauzelle de nous avoir contacté pour l’écrire, et de nous avoir accordé la permission d’en publier ici une copie.

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« C’est un projet pédagogique, non technique » (N. Negroponte)

L’initiative One Laptop Per Child (« Un Ordinateur Par Enfant ») est née en 2005 au sein du Media Lab (Massachussets Institute of Technology, USA), sous l’impulsion de Nicholas Negroponte. Fondation à but non lucratif, OLPC se donne pour mission de concevoir un ordinateur (le « XO ») adapté à de jeunes enfants et aux besoins des pays en voie de développement : prix réduit, ergonomie simplifiée, solidité, faible consommation d’énergie, et possibilité de connecter les ordinateurs entre eux sans accès Internet.

Au-delà de ces aspects techniques, OLPC est un projet pédagogique s’inscrivant dans la lignée des théories de Seymour Papert, connues sous le nom de « constructionnisme » : l’ordinateur y est décrit comme un moyen pour l’élève de construire ses connaissances de façon réflexive et collaborative.

Six ans ont passés et le projet a évolué : le XO coûte 188$ (et non 100, comme c’était d’abord prévu) et la fameuse manivelle servant à le recharger est tombée aux oubliettes. Mais ce prix très bas a lancé le marché des « netbooks », et les choix d’OLPC ont propagé l’idée qu’il était possible de mettre l’innovation numérique au service des pays en voie de développement.

Mieux encore : l’adhésion d’OLPC aux principes de l’open source permet à une communauté internationale de volontaires de contribuer au développement du matériel, du logiciel (la plate-forme pédagogique libre « Sugar ») et de bâtir un dialogue entre enseignants et développeurs pour définir la place du numérique dans l’éducation.

Cet engagement communautaire est aujourd’hui au service des deux millions d’enfants qui utilisent le XO, et de tous ceux qui utiliseront, demain, des ressources numériques pour apprendre.

OLPC France et « G du cœur »

OLPC France est l’association la plus active de ce réseau de volontaires.

Fin 2008, l’association d’étudiants « G du cœur » contacte OLPC France pour lui proposer de collaborer à un déploiement de 100 XO sur l’île de Nosy Komba, à Madagascar. Les deux associations travaillent pendant six mois sur les défis à relever : trouver les fonds nécessaires à l’achat des XO ; former les membres de « G du cœur » à l’utilisation de l’ordinateur et de Sugar ; les sensibiliser à la pédagogie constructiviste, en amont de la conception matérielle et logicielle ; traduire Sugar en malgache en s’appuyant sur la diaspora en France et sur les compétences locales ; anticiper le suivi technique et pédagogique des XO qui seront confiés aux six enseignants de l’île.

Un enfant qui apprend, avec crayon et XO…

En 2009, le déploiement de 100 ordinateurs

Entre juin et septembre 2009, une poignée de volontaires de « G du cœur » aide les enseignants malgaches à prendre en main l’ordinateur vert et à accompagner les quelques 100 élèves de l’école dans sa découverte. Le but est de s’assurer que l’usage des XO répond à un projet pédagogique tout en laissant à chacun la liberté d’en faire un outil personnel. Des ateliers d’initiation sont donc mis en place, et les volontaires en apprennent autant sur les programmes scolaires locaux que les enseignants sur l’outil.

Cette initiative n’est pas endossée par le ministère de l’Éducation Nationale malgache : la stratégie est d’encourager l’utilisation du XO en dehors des heures de cours, en insistant aussi sur ce qu’il peut apporter de connaissances et compétences scolaires.

En 2010 : le déploiement d’un « serveur école »

En 2010, la collaboration entre OLPC France et « G du cœur » continue, avec cette fois le projet d’installer un « serveur école » : ses fonctions principales sont de connecter les XO entre eux, d’héberger des cours et de sauvegarder les données des XO. En plus de l’installation de ce serveur, 60 nouvelles machines s’ajoutent aux 100 précédentes : tous les élèves de l’école ont désormais un XO.

OLPC France et « G du cœur » ont pris le temps d’évaluer les difficultés rencontrés en 2009 : l’alimentation en électricité est fragile ; savoir où est chaque XO est compliqué ; le temps de formation des professeurs ne suffit pas encore pour qu’ils soient autonomes ; ces professeurs manquent de ressources pédagogiques.

En 2010, les volontaires se sont consacrés à lever ces obstacles. Une activité « Madagascar » est créée sur la géographie, l’histoire et la culture malgaches. Un partenariat avec l’éditeur malgache Prédiff donne accès à des livres jeunesse sur le XO. Le manuel « Le XO dans la classe » est traduit en français, avec de nombreux exemples d’utilisation pratique du XO dans un cadre scolaire. Les ateliers pédagogiques deviennent plus participatifs et les enseignants sont encouragés à explorer le XO et Sugar par eux-mêmes.

En 2011 : la connexion à Internet

En 2011, OLPC France et « G du cœur » complètent le dispositif en connectant l’école à Internet. Preuve est faite qu’une connexion Wifi de 12 kilomètres est possible entre Nosy Komba et l’île Nosy Be, où les prix de l’abonnement Internet sont plus abordables.

Au-delà de cette prouesse technique, ce sont les retombées sur la pédagogie et le suivi du projet qui importent. Du côté pédagogique, des ateliers Internet ont lieu, qui incitent les enseignants à s’interroger sur la pertinence des ressources d’Internet dans le cadre des cours ; du côté du suivi, la connexion permettra aux deux associations de renforcer la collaboration avec les professeurs et les volontaires restés sur place.

OLPC : reformuler les besoins pédagogiques

Dans les coopérations où les constrastes culturels sont importants, il est dangereux de prétendre apporter des solutions, surtout lorsque celles-ci se présentent sous les dehors d’un objet technique, trop vite paré d’une autorité factice. OLPC France et « G du cœur » prennent soin de ne pas se décrire comme pourvoyeurs de solutions « clefs en main » : le XO est d’abord une manière de reformuler les besoins pédagogiques et d’explorer le champ des réponses possibles.

Soit le problème classique des manuels scolaires, souvent disponibles dans une autre langue que la langue maternelle : OLPC ne dit pas « Traduisons les manuels ! » ou « Supprimons les manuels ! », mais pose la question : « Comment le XO peut-il aider les élèves à mieux s’approprier les contenus présents dans les manuels ? » À partir delà, plusieurs réponses possibles : mettre une version PDF des manuels sur le serveur école ; mettre des bouts de manuel dans un wiki, et traduire ce wiki ; voire imaginer de nouvelles activités Sugar pour accéder différemment aux exercices du manuel.

Autrement dit, OLPC ne fait pas que promouvoir le constructionnisme dans la relation entre enseignants et élèves : elle en diffuse l’esprit dans la manière d’approcher la question générale des technologies à l’école.

Enseignants et enfants de l’école ont tous un XO !

À suivre…

Le projet à Nosy Komba se poursuit : été 2012, un enseignant français (que nous cherchons) ira sur place pour aider les professeurs malgaches à s’approprier le XO. Ces professeurs et leurs élèves continuent d’explorer cet outil, pendant qu’OLPC France et « G du cœur » continuent de se poser avec eux la question « quelle place pour l’informatique à l’école » ? Question à laquelle ni l’informatique ni l’école ne peuvent répondre seules.

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