Hack par-ci, hack par-là. Tout est hack ! Le hack est dans tout, et réciproquement. C'est un peu comme son cousin le Knack : personne ne sait ce que c'est, mais l'important c'est de l'avoir ! Souvenez-vous, la pièce d'Ann Jellicoe, et le film :

Alors, toujours rien compris ? C'est normal, c'est le Knack, mec, tu l'as ou tu l'as pas ! Et le hack ? Tu l'as le hack ?

Prélude

Ça fait une dizaine d'années que je me retiens de participer au sport préféré des « hacktivistes » : proposer une définition de ce que c'est qu'un hacker. J'ai assez attendu pour m'amuser un peu à mon tour.

Surtout, je voudrais plaider pour tous ceux qui détournent le mot hack de son sens d'origine... et qui se font épingler. Béotiens de tous les pays, pseudo-pseudo-hackers des vastes contrées du web, pardonnez-vous ! Même si vous ne savez pas ce que vous faites, le hack est avec vous. Ne vous laissez pas impressionner par les gardiens du Temple, les « vrais » hackers, car en vérité je vous le dis, il n'y a pas de Temple --- il y a le hack, c'est tout !

Le Hack... and How to Get It

  • Un hacker est quelqu'un qui libère quelque chose.
  • Un méchant hacker est quelqu'un qui libère quelque chose qu'il n'a
  • pas le droit de libérer.
  • Un gentil hacker n'est pas un méchant hacker.
  • Un bon hacker est quelqu'un qui libère quelque chose de difficile à
  • libérer.
  • Un mauvais hacker se prend pour un bon hacker, souvent même pour un
  • méchant hacker.
  • Un hacker pénible pointe du doigt les mauvais hackers.
  • Un hacker sympa porte un Mac et des lunettes parisiennes.
  • Un hacker taciturne attend son heure de gloire.
  • Un hacker bavard n'est pas forcément un mauvais ou un gentil hacker.
  • Un hacker naïf ne fait pas la différence entre le mot « hack » comme
  • buzzword marketing, et le hack vraiment vrai.
  • Un vieux hacker pointe du doigt les hackers naïfs, et n'a pas besoin
  • d'être un vrai, un bon ou un méchant hacker.
  • Certains hackers libèrent d'autres choses que de l'information
  • digitale.

Le hack est partout et nulle part, et pour paraphraser un lointain génie* : le vrai hack se moque du hack.

Évidemment, j'ai laissé les questions douloureuses en suspens :

  • le hacker peut-il avoir un compte Facebook ?
  • le hacker peut-il ne pas savoir poser une étagère ?
  • le hacker vit-il en union libre ?

Oui mais non !

J'ai récemment participé à un HackSense. Le but était de réfléchir à des idées d'applications (pour le web ou le mobile) sur ces grandes thématiques : la justice, la santé, l'éducation et l'environnement.

Oui, rien que ça.

Mais grâce aux méthodes d'accouchement cérébral des gangsters de MakeSense, pas besoin de forceps : plein de gens sont venus et on dispose aujourd'hui d'une floppée de belles idées qu'on continuera d'explorer et de travailler pendant le Hackathon de mi-décembre, à la fin de la Social Good Week.

« On » qui ? Les participants. Ce sont leurs idées. C'est ça qu'ils ont «libéré ».

Avant l'événement, j'ai invité les inscrits de la liste du /tmp/lab à venir. J'ai été fraîchement cueilli par un co-listier : le HackSense avait lieu à Convergences et Convergences c'est une grosse machine, avec plein de complicités douteuses, etc. Halte à la récupération des idées ! Et surtout halte à l'utilisation marketeuse du mot « hack », qui brouille les pistes et les bonnes volontés !

En plus pacifique, j'ai reçu ce tweet qui me demande ce qu'il y avait vraiment de « hack » dans tout ça :

... vous voyez ? C'est un sujet sensible le hack. On rigole pas ! Faut faire attention aux détournements, au hack-washing, au marketing, à ceux qui, sous couvert d'être cool et dans le vent technologique, veulent nous aliéner par leurs discours... et profiter de l'énergie qu'on met gratuitement à leur disposition, nous autres naïfs.

(Je divague en sur-interprétant le tweet de Jean-Baptiste, je pense qu'il se moque un peu de tout ça.)

Ces réactions peuvent venir de deux types de personnes : ceux qui parlent au lieu de hacker, et dont l'hacktivisme tient tout entier dans le fait de savoir ce qu'est un vrai hacker (et de pointer du doigt les mauvais usages du terme); et ceux parmi les vieux hackers qui sont gentils, voire trop gentils, et qui veulent sincèrement alerter les autres des risques de dérives. (Notez que le bon hacker, méchant et taciturne se fout de tout cela comme de sa dernière disquette.)

Entre les deux, mon coeur ne balance pas : les premiers me gonflent, ils ont toujours un milliers d'idées sur ce qu'il faudrait faire et ne font rien. Les seconds me rappellent moi quand je me sens vieux, que je n'ai plus trop le « hack » et que je sémantise au lieu de faire. Que je deviens gardien d'un temple de mots que les premiers, ceux qui me gonflent, protègent.

Moralité

Laissez le hack dériver à sa guise.

Ce n'est pas en connaissant la différence entre le vrai hack et le faux hack qu'on peut lui fait honneur : c'est en hackant. D'ailleurs, est-ce qu'on a attendu une définition du bien et du mal pour faire soit l'un, soit l'autre ?

En giro torte sol cyclo et rotor igne

Finissons notre exploration :

  • Un faux hacker a besoin d'une définition de ce qu'est un hacker.
  • Un vrai hacker n'a pas besoin d'une définition de ce qu'est un
  • hacker.

Autant dire qu'on tourne en rond, et de manière assez paradoxale, n'est-ce pas ? Voilà que je me mets à définir ! Bouh le non-hacker qui s'ignore ! Ou bien peut-être que, malgré tout, on a libéré quelque chose ? Qu'on a laissé derrière soi le puritanisme des définitions, qu'on a compris que le langage à lui seul n'est pas la vigilance, qu'il ne nous protège pas de nos naïvetés ?

Pseudo-hackers naïfs qui lisez ceci, hauts les coeurs, je vous baptise hackers ! À vos libérations ! Vive le n'importenaw-hack !

Notes

*Un abonnement gratuit à mon flux rss pour celui qui trouve quel est cet ancêtre.