Move Commons : un Creative Commons pour la société civile ?

08 janvier 2012

“Reasonable people adapt themselves to the world. Unreasonable people attempt to adapt the world to themselves. All progress, therefore, depends on unreasonable people.”

– George Bernard Shaw, quoted by Michael S. Hart

C’était il y a moins de deux ans. Mon ami Samer Hassan m’héberge dans son studio de Beyrouth où je suis venu me reposer quelques jours.

Comme d’habitude, c’est au moment de dormir que nous sommes le plus bavards. Nous parlons du mouvement Wikimédia (qui vient de m’embaucher en France), de logiciels libres… nous essayons de comprendre les besoins, les résistances, les brèches à ouvrir, nous revisitons nos parcours dans « le libre » depuis dix ans – bien conscient que ce « milieu » n’existe pas. À peine une idéologie, traînant derrière elle toutes ses contradictions.

Et c’est tant mieux.

Nous lisons beaucoup. Lui de la science fiction, moi des essais sur la technologie. Nous contribuons aussi avec du code : lui pour le projet Kune (voir la démo), résurrection de Google Wave ; moi pour Org-mode. Nous ne sommes pas d’accord : il dit que je suis trop « geek » pour avoir des idées sur ce qui est utilisable ou non, je lui réponds qu’il est trop « googlifié » pour ne pas finir par trahir le libre…

Et puis…

… et puis Beyrouth nous oblige à parler politique. Nous essayons de faire des liens : est-ce que la « culture libre » change la société ? Si oui, est-ce directement ? Indirectement ? Est-ce que le libre peut nous aider à militer différemment ?

Samer cherche depuis longtemps un moyen de lier entre elles les initiatives de la société civiles qui œuvrent dans un même sens sans se connaître et sans pouvoir s’aider. À les sensibiliser aux petits soucis posés par Facebook et autres grands « vecteurs » sociaux du web.

C’est en se posant ces questions qu’il a rencontré Vicente J. Ruiz Jurado, fondateur de ourproject.org, un site communautaire qui permet aux initiatives sociales d’héberger gratuitement un site web, d’avoir une liste de diffusion… de mutualiser les problèmes et les solutions. Cela va dans la bonne direction.

Mais il manquait le grain de sel d’innovation qui fera la différence. De mon côté, ayant eu la chance de participer à plusieurs associations, j’ai le sentiment qu’il y a quelque chose à faire… quelque chose de simple, de rapide et de non-technique qui fasse que les associations adaptent le web à ce qu’elles veulent, plutôt que de s’adapter à ce que le web leur propose…

C’est ainsi qu’est né Move Commons.

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Move Commons a deux missions : (1) aider les initiatives à afficher clairement leurs engagements ; (2) aider les bonnes volontés à trouver l’initiative qui leur correspond.

La première mission, Move Commons la remplit en inventant un système de labels que chaque association peut afficher très simplement sur son site. Ces labels disent si vous êtes à but non-lucratif, si votre modèle de gouvernance est horizontal, si votre activité contribue aux bien communs, si vous êtes transparents sur vos procédures et aidez les autres à les reproduire.

Oui, la simplicité de Move Commons est inspirée de celle de Creative Commons. Mais il s’agit ici d’actions, pas de contenus.

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La deuxième mission de Move Commons est de créer un réseau d’initiatives dans lequel les utilisateurs pourront lancer une recherche. Parce que nous croyons qu’une telle mise en réseau permettra aux utilisateurs de trouver l’initiative qui leur convient et de rendre plus visible les petites initiatives locales. « Je veux trouver dans ma ville une association à but non lucratif qui lutte contre la faim et qui ne soit pas encombrée d’une hiérarchie me rappelant le travail… » Move Commons est là pour répondre à ce besoin.

De nombreuses personnes contribuent aujourd’hui avec des idées, du code, des traductions, de l’enthousiasme. Impossible de les citer toutes : Vicente, Javier, Rana – et beaucoup d’autres.

Aujourd’hui, nous avons besoin d’argent pour avancer et nous lançons un appel aux dons via la plate-forme de crowdfunding Goteo.

C’est le début, et c’est le plus difficile. Je ne vous solliciterais pas si je ne croyais pas en ce projet – il me tient à cœur, et plus encore, il me tient à cœur de connaître ceux qui veulent nous aider ! N’hésitez pas à m’écrire.

Merci.